Lorsque l’été dernier, Sébastien Bourdais annonça son arrivée en F1 dans l’écurie Toro Rosso, on fut plutôt surpris. Bourdais semblait heureux aux Etats-Unis avec un statut de star grâce à ses quatre titres consécutifs dans le championnat Champcar. Le français avait toujours déclaré qu’il ne rejoindrait la F1 qu’à condition d’avoir une bonne voiture dans une bonne écurie. Ce qui est loin d’être la cas de l’écurie Toro Rosso, racheté sur les cendres de la modeste écurie Minardi.
Bourdais a finalement décidé de franchir le pas cette année chez Toro Rosso. Quelles sont les qualités principales du français? C’est tout d’abord un grand finisseur, capable d’obtenir le meilleur résultat possible en course, grâce à sa constance et à sa grande maîtrise au niveau tactique. Il est bien sûr rapide mais d’une manière rationnelle. Bourdais est plus un calculateur à la Prost qu’un puncheur comme Ayrton Senna. Je ne veux pas non plus insinuer qu’il se contente de gérer sa course en attendant que les autres abandonnent mais Bourdais est souvent à l’arrivée lors des GP où il y a beaucoup de casses. Au niveau agressivité, le français sait aussi se défendre. Pour rappel, ces nombreux accrochages en Champcar avec Paul Tracy montrent qu’il ne se laisse pas faire. Son dépassement réussi sur Justin Wilson dans le dernier tour du GP de Mexico en 2006 prouve également qu’il sait prendre ses responsabilités lorsqu’il s’agit de gagner une course.
Sebastian Vettel est quand à lui regardé comme une star montante de la Formule 1. Seulement âgé de 20 ans, il a fait ses débuts chez BMW lors du GP des Etats-Unis en 2007, récoltant le point de la 8ème place. Impressionnant en Formule BMW, sa rapidité en tant que pilote-essayeur chez BMW a crée une sorte de buzz autour de son nom dans le milieu de la Formule 1. Pourquoi parler de buzz? Tout simplement parce que si l’attente à son sujet semble importante dans le milieu de la F1, il n’a pas encore démontré qu’il était de la race des plus grands. Pour devenir le nouveau Michael Schumacher, il va falloir prouver qu’il est plus rapide que Bourdais. Rappelons qu’en fin de saison dernière le jeune Vettel souffrait beaucoup en qualifications face à l’italien Luzzi qui fut remercié par l’écurie italienne en fin de saison.
En début de saison, alors que les pilotes arrivaient à Melbourne pour le premier GP du calendrier 2008, les observateurs étaient persuadés que Vettel allait dominer Bourdais sur tous les plans. Il avait l’expérience de cette fin de saison 2007 avec Toro Rosso et semblait déjà intégrer à l’écurie au contraire de Bourdais. Malgré ses 29 ans, le français avait tout à apprendre de la F1. Après 5 années passés aux Etats-Unis, il lui faudrait un certain temps à s’adapter aux réglages des F1 modernes. Les exemples d’intégrations ratées de Zanardi, Da Matta et de Michael Andretti ne jouaient pas en sa faveur. Cependant, Bourdais avait tout de même des atouts en main. Il avait déjà prouvé en 2002 qu’il était capable de courir en F1 et sans la mauvaise volonté de Flavio Briatore, il aurait mérité d’être pilote-essayeur chez Renault. Enfin, Bourdais apportait dans ses bagages cinq années d’expérience de la conduite sans antipatinage un atout certain avec le nouveau règlement 2008. N’oublions pas également cette mentalité de gagneur que Bourdais s’est forgé lors de ses 5 années et quatre titres remportés aux Etats-Unis. N’oublions pas que le mental joue un rôle important en Formule 1.
Alors, au bout des 4 premiers GP, quel est le verdict? Difficile de se prononcer même si Bourdais semble petit à petit prendre le meilleur sur le jeune allemand. En qualifications, Vettel a été supérieur lors des deux premiers GP mais depuis Bahrein, c’est Bourdais qui devance régulièrement son coéquipier, se qualifiant même à deux reprises en Q2.
En course, le bilan est tout aussi mitigé. Bourdais a impressionné lors de son premier GP en Australie où il profita de l’abandon de nombreux pilotes pour s’installer à une brillante 4ème place devant Alonso et Kovalainen. Vettel, de son côté, rata son GP et son départ, au point de s’accrocher dès le premier virage avec Fisichella.
La Malaisie fut une course difficile avec un Bourdais en proie à des problèmes de boite de vitesse et qui finit sa course dès le premier tour dans les graviers. Vettel montra sa vélocité dans le premier tiers du GP avant d’abandonner, lui aussi sur un problème de boite. Bahrain fut une course sans histoire pour le français qui termina 15ème tandis que Vettel s’accrocha de nouveau dès le premier tour avec une Force India. Enfin, en Espagne, Bourdais eut une course bien malheureuse puisqu’il s’accrocha au 6ème tour avec Nelson Piquet. Un incident dont on peut juger le français responsable car la manœuvre du pilote brésilien de Renault était correcte. Quand à Vettel, ses malheurs ont continué à Barcelone avec un nouvel abandon sur accrochage dès le premier tour.
Au niveau du classement du championnat du monde des pilotes, l’avantage est donc pour l’instant en faveur de Bourdais avec 2 points inscrits contre zéro pour l’allemand. Vettel semble particulièrement malchanceux cette saison avec trois abandons en quatre GP dès le premier tour. Mais les sceptiques avanceront que pour un Michael Schumacher en devenir, il est assez embarrassant de se retrouver toujours au centre d’un accrochage.
On peut cependant s’attendre à ce que les pilotes Toro Rosso améliorent leurs performances lors des prochains GP avec l’arrivée d’un nouveau châssis bien plus performant. Vettel ne peut que faire mieux après son début de saison raté, quand à Bourdais il devrait lui aussi s’améliorer au fil des GP à force de gagner en expérience.
Quand à l’avenir des deux pilotes, il faudrait être idiot pour penser qu’il passe par l’écurie Toro Rosso. Pour Bourdais, l’écurie italienne était sa dernière chance d’accéder en F1. Son objectif est d’être le plus compétitif possible avant la mi-saison afin d’impressionner le paddock et une écurie bien plus prestigieuse. Au vu des prestations calamiteuses de Piquet chez Renault, l’écurie française serait inspirée de s’intéresser à Bourdais.
Pour Vettel, le chemin semble tout tracer. Des rumeurs indiquent qu’il remplacera l’an prochain le vieillissant David Coulthard chez Redbull. Une information d’ailleurs confirmée par le conseiller de l’écurie autrichienne Helmut Marko dans une interview donnée au magazine Autosport: « Vettel a un talent unique et est déjà très mature pour son âge. Je pense qu’il a des chances de rejoindre Redbull. »
Vettel est clairement le chouchou chez Toro Rosso, ce que confirmait d’ailleurs le co-propriétaire de l’écurie, Gerhard Berger, lors du dernier GP d’Espagne: ”Tout le monde l’aime dans l’équipe, il est notre héros. Nos deux pilotes sont sur un pied d’égalité mais Vettel est chez nous depuis un peu plus longtemps et nous sommes habitués à travailler avec lui. »
Curieusement, Bourdais se doit de dominer Vettel mais pas trop nettement non plus afin de ne pas se mettre à dos ses patrons. Car le français est chez Toro Rosso dans une situation délicate. Tost et Berger font le maximum pour que Vettel soit la star de l’équipe et que Bourdais reste dans l’ombre. La meilleure chose à faire pour Bourdais est de rester concentrer sur la performance en piste. On sait qu’en F1 parfois, la politique prend le dessus sur le talent. Mais si Bourdais arrive à obtenir de bons résultats en GP au volant d’une mauvaise voiture, il peut être sûr que les patrons d’écuries s’intéresseront à lui. Son avenir en F1 se joue dans les deux prochains mois…