Avec un peu de recul, je vous fais le récit de cette nuit du 11 Juillet passée en plein centre de Madrid. IL est 23H30, l’Espagne vient de remporter sa première coupe du monde de football…
Devant son poste de télévision, toute l’Espagne a retenu son souffle, en espérant, en tremblant. Le but du barcelonais Andrès Iniesta à la 115ème minute de jeu donne à l’Espagne la victoire en finale de la coupe du monde. La capitale madrilène peut exploser, les habitants se jettent dans la rue pour libérer toute la tension emmagasinée depuis des jours.
A Madrid, le peuple espagnol déserte ses demeures pour se lancer à l’assaut des rues. La folie collective est gigantesque. Elle est à l’image d’une cité tentaculaire qui ne se contient plus. Elle déborde dans toutes les grandes artères. Et bientôt, toute la ville n’est plus qu’un magma de tôles enchevêtrées, de moteurs inutiles, d’accélérateurs impuissants. Le centre de Madrid est pris pour des heures, peut-être même pour la nuit entière, dans un corset de fer et d’acier. Les voitures, inutilisables, sont soudées les unes aux autres et, rivés à leur volant, les conducteurs appuient comme des dingues sur leurs avertisseurs comme pour saluer la naissance d’un nouveau monde.

Tout Madrid est uni par les liens du bruit et du triomphe. Elle s’en est fait une entrave mais c’est aussi ce qu’elle souhaitait très fort, depuis toujours. Tout un peuple s’est identifié une fois pour toutes à son équipe de football comme ce fut le cas de la France en 98 ou de l’Argentine en 78. Ici, en Espagne, le football aura au moins servi à quelque chose. Il a permis de réaliser l’union de la nation. Tout le peuple s’est retrouvé, il s’est serré les coudes, il a fait corps avec son équipe. Elle est devenue son identité, sa raison d’être. Il lui fallait vaincre avec elle en ses temps incertains où le chômage culmine içi à presque 20% de la population active.
Riches ou pauvres, nantis ou démunis, jeunes ou vieux, hommes et femmes, ils ont tous brandi ce drapeau sang et or qui semble sortir de leurs tripes. Ils ont tous hurlé “Espana, Espana” comme le nom d’un enfant chéri. L’amour de la patrie est finalement plus fort que tout. Quand l’équipe de Del Bosque gagne un match, c’est le pays qui gagne une bataille. Avant que cette Espagne ne se jette dans l’ivresse des rues, l’oeil a retenu Fernando Torres juché sur les épaules d’un coéquipier et qui brandissait la bannière rouge et jaune de son pays tout au long d’un tour d’honneur inoubliable. Maintenant, c’est tout Madrid qui fait comme Torres, qui crie “Espana” en agitant des drapeaux. Cette nuit, il n’y a que les morts qui ne sont pas dehors. Tout le monde court, tout le monde crie, tout le monde chante. Des tonnes de papier sont jetées par les fenêtres béantes. Des kilomètres de tissu parcourent les rues.

C’est le fiesta, le carnaval, au son de Shakira et de David Abisbal. La sangria coule à flots et les filles rient à gorge déployée. Elles sont heureuses. Et le bonheur n’a pas de fin. C’est une nuit folle, une vraie liesse populaire, une nuit comme on ne peut en vivre qu’une seule dans son existence. Le phénomène de cette foule en délire peut ravir. Au matin, Madrid résonnait encore du fracas de la victoire et du triomphe. Dans quelques heures, Casillas et sa bande seront de retour avec la coupe du monde. Encore un prétexte pour s’enfoncer de nouveau dans une nuit douce et folle…